Mahmoud Abbas demande la reconnaissance d'un Etat palestinien à l'ONU

--par Amy Teibel et Mohammed Daraghmeh--
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FILE - In this Sept. 19, 2011 file photo, Palestinian president Mahmoud Abbas gestures before the start of a meeting with United Nations Secretary-General Ban Ki-moon during the 66th session of the General Assembly at United Nations headquarters. Defying U.S. and Israeli opposition, Palestinians were determined to ask the United Nations on Friday to accept them as a member state, sidestepping nearly two decades of troubled negotiations in the hope this dramatic move on the world stage would reenergize their quest for an independent homeland. (AP Photo/Seth Wenig, File)

NATIONS UNIES (AP) — Mahmoud Abbas franchit le Rubicon. Bravant l'opposition d'Israël et des Etats-Unis, le président de l'Autorité palestinienne a demandé vendredi la reconnaissance pleine et entière d'un Etat palestinien aux Nations unies. Par ailleurs, alors que les tensions autour de ce dossier font craindre un regain de violence au Proche-Orient, un Palestinien a été tué dans des affrontements avec des soldats et colons israéliens en Cisjordanie.

Malgré les ultimes pressions exercées notamment par Washington ces derniers jours pour tenter de l'en dissuader, Mahmoud Abbas a adressé une lettre au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, demandant que la demande de reconnaissance soit immédiatement transmise au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale. "Le président Abbas vient de soumettre la candidature palestinienne au secrétaire général", a annoncé sur Twitter peu avant midi, heure de New York, le porte-parole de M. Ban.

Un peu plus tard, dans son discours à la tribune de l'Assemblée générale, Mahmoud Abbas, qui a gagné l'estrade sous des applaudissements nourris, a dénoncé la poursuite de la colonisation israélienne sur les terres revendiquées par les Palestiniens. Des négociations avec Israël "n'auront pas de sens" tant que la colonisation se poursuit, a-t-il expliqué. Une colonisation qui "est responsable de l'échec persistant des tentatives successives pour sauver le processus de paix", "menace la structure de l'Autorité palestinienne, et risque même de mettre un terme à son existence", a-t-il souligné.

Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, s'exprimant depuis la tribune de l'Assemblée générale peu après Mahmoud Abbas, a affirmé que son pays "avait la volonté de faire des compromis douloureux". "Je tends ma main au peuple palestinien, avec lequel nous cherchons une paix juste et durable", a-t-il assuré.

Les Palestiniens, a-t-il ajouté, "devraient vivre dans un Etat libre à eux, mais ils devraient être prêts à des compromis" et "commencer à prendre au sérieux les inquiétudes d'Israël en matière de sécurité".

M. Nétanyahou a aussi répété sa proposition de rencontrer M. Abbas en marge de la session de l'ONU, une offre que le dirigeant palestinien a rejeté dans le passé.

Les services du porte-parole de M. Ban ont annoncé un peu plus tard que la demande de reconnaissance palestinienne avait été transmise au Conseil de sécurité.

Cette demande s'appuie sur deux résolutions onusiennes portant sur la partition de la Palestine et les frontières d'avant la guerre des Six-Jours en 1967, a précisé un diplomate palestinien sous le couvert de l'anonymat.

M. Abbas demande à l'ONU de reconnaître un Etat palestinien dans les frontières de 1967 -incluant la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza-, qui deviendrait le 194e Etat membre de l'organisation si la requête était adoptée.

Mais il semble exclu que le Conseil de sécurité, dont l'accord est indispensable, donne son feu vert, les Etats-Unis ayant promis de mettre leur veto. Washington estime que la création d'un Etat palestinien doit passer par des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.

Pour être adoptée, la demande doit recueillir le soutien de neuf des 15 membres du Conseil, ce qui ne semble pas acquis, et ne faire l'objet d'aucun veto parmi les cinq membres permanents. Le vote au Conseil ne devrait toutefois ne pas avoir lieu avant des semaines ou des mois, laissant ainsi du temps à la diplomatie internationale pour tenter de relancer les négociations israélo-palestiniennes.

En outre, l'initiative de M. Abbas ne devrait rien changer dans l'immédiat sur le terrain. Israël devrait ainsi continuer à occuper la Cisjordanie et à restreindre strictement l'accès à la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas.

Mais les Palestiniens espèrent avec leur demande faire monter la pression internationale pour pousser l'Etat hébreu à accepter de négocier sur la base des frontières de 1967.

Si la demande est rejetée comme prévu, les Palestiniens demanderont probablement à l'Assemblée générale de rehausser leur statut actuel d'"observateur non membre" à l'ONU, en leur accordant celui d'"Etat observateur non membre", comme le Vatican. Ce qui leur permettrait d'adhérer à des agences de l'ONU et à des traités internationaux, y compris celui qui fonde la Cour pénale internationale (CPI).

Mercredi, le président français Nicolas Sarkozy avait plaidé à l'ONU pour cette solution intermédiaire, également souhaitée par Washington, en lieu et place d'une demande de reconnaissance pleine et entière.

Les tensions autour de l'initiative palestinienne font craindre une nouvelle flambée de violence. Vendredi, un homme de 35 ans a été tué près du village de Qusra, en Cisjordanie, lors d'affrontements avec des soldats et colons israéliens.

Des incidents sans gravité ont également été signalés ailleurs dans la région, alors que, dans la soirée, des milliers de Palestiniens en liesse se rassemblaient dans les rues, pour suivre sur des écrans en plein air l'intervention de Mahmoud Abbas à l'ONU, et marquer cette nouvelle journée historique dans l'histoire palestinienne. AP

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